L’histoire de la reliure est faite d’évolution et d’innovations : matériaux utilisés (parchemin, cuir), techniques elles-mêmes (reliure copte, cousue sur nerfs), ou décors réalisés. Ces gestes ancestraux me passionnent et sont, depuis toujours, le point de départ de mes créations. Ainsi, mon travail s’inscrit dans une volonté de faire évoluer ce savoir-faire tout en respectant son essence.

À la croisée de la tradition et de la création contemporaine, je considère la reliure comme un espace de recherche au service de sa lecture.

La contrainte technique étant pour moi une grande source d’inspiration, mon travail se caractérise par une démarche constante de recherche et de développement de nouvelles façons de relier, toujours plus appropriées au livre. Chaque projet devient ainsi un terrain d’expérimentation, où la forme naît directement des exigences structurelles et de l’usage de l’ouvrage.


Ainsi, après la « reliure origata » (2017) – souple, légère, en papier, conçue pour de petits ouvrages – je me suis consacrée à la mise au point d’une technique qui réunit tous les codes actuellement usités en reliure – plats cartonnés, dos arrondis, cuir, tranchefiles… – et qui pallie au problème récurrent de la cassure de la charnière.

Cent ans après les premières reliures à charnières métalliques (procédé Jotau, 1920), j’ai consacré une année à la création de ma “reliure à tiges de titane”, qui offre une ouverture parfaite et fluide au livre.

En effet, cette zone particulièrement sollicitée ne repose que sur des ficelles qui servent à fixer les cartons au bloc livre, et une épaisseur de cuir qui les recouvre. Les ficelles sont effilochées afin de ne pas créer de reliefs inesthétiques, et le cuir est aminci pour faciliter l’ouverture de l’ouvrage. Cette méthode traditionnelle est mise à mal par la baisse de qualité des matériaux disponibles aux relieurs, ayant pour conséquence la cassure des ficelles et du cuir, après des années d’utilisation.


Ce constat a constitué le point de départ de ma recherche visant à repenser cette zone critique :

Comment préserver la souplesse d’ouverture et donc le confort d’usage, tout en assurant la pérennité de l’ouvrage ?

En plus de rendre la manipulation agréable, cette méthode assure une grande pérennité à la reliure, en éliminant le risque de cassure. Le titane, choisi pour sa résistance, sa stabilité dans le temps, et la possibilité de le colorer dans la masse par anodisation, fait le lien entre innovation technique et exigence de durabilité.

Aimant faire dialoguer technique et esthétique, j’ai choisi de laisser en partie visible la tige métallique, qui devient un élément graphique à part entière. Cette présence assumée du métal inscrit l’objet dans une esthétique contemporaine, où la structure n’est plus dissimulée mais révélée : la contrainte constructive se transforme en motif.

Cette charnière, traitée comme un bijou, constitue désormais la signature de mon travail.


Mes reliures à tiges sont réalisées en cuir de haute qualité – veau à tannage végétal, finition pure aniline – décoré de compositions graphiques contemporaines. Avec mes pinceaux, les teintures pour cuir deviennent des encres, et à travers la couleur, je tente de transmettre l’expérience intérieure ressentie à la lecture de l’ouvrage. Gravure du cuir, héliogravure, micro-perçage, mes recherches portent également sur le développement d’un langage graphique innovant et personnel, propre à la reliure. Ces interventions plastiques proposent une interprétation sensible du texte, où la reliure devient une traduction visuelle et matérielle de la lecture.


Depuis, ma « reliure à tiges de titane » a retenu l’attention de nombreux collectionneurs et institutions. La Bibliothèque nationale de France, qui a suivi l’évolution de mes recherches, m’a confié dès leur aboutissement en 2020 la réalisation de deux reliures pour ses collections, avant de renouveler sa confiance en 2025 avec la commande de la reliure d’un manuscrit.